Suivi par nos services depuis novembre 2021, Monsieur T.* vivait dans un parc près de la Citadelle, dans un camp de fortune qu'il avait aménagé en tour de défense, avec des branches et des tronçons de bois, pour se protéger des intrusions.
 

Retrouver ses droits

Né et ayant toujours vécu en Belgique, il possède pourtant la nationalité polonaise et n’est plus en ordre de Revenu d’Intégration Sociale (RIS) depuis 2001. Son cas est particulier : c’est le premier patient « sans-papiers » que nous suivons à Liège. « Sans-papiers », non pas parce qu’il est étranger, mais parce qu’il doit prouver sa présence sur le territoire belge pour accéder à ses droits. Une aberration administrative, d'autant plus absurde qu’il n’a jamais mis un pied en Pologne !

Après une longue bataille administrative, nous avons enfin réussi, ensemble, à lui débloquer son RIS, qu’il percevra jusqu’en juin 2025. Malgré le risque de suspension à cette échéance, nous décidons en équipe de lui proposer un logement.
 

Le jour du départ

L’emménagement a lieu en janvier 2025. Ce jour-là, nous allons le chercher à sa tente et lui laissons l’opportunité de faire ses adieux à son camp de fortune, ce qu'il fera à sa manière...

Une journée marquée par une forte angoisse : il est paniqué, mais ne recule pas. Il prend avec lui trois sacs, tout ce qui lui reste après des décennies de rue.
 

S’installer

Sa première réaction en arrivant dans son nouveau logement est un profond sentiment d’illégitimité : « Je ne mérite pas ça, un garage aurait suffi. »

Pourtant, aujourd’hui, Monsieur T. est inscrit en maison médicale, et il occupe son logement avec un soin exemplaire. Il est sans doute le patient le plus propre et ordonné que nous suivons : pas une seule crasse sur le sol, pas une tasse sale dans l’évier.

L’appropriation du logement reste compliquée, la perte de repères est immense, mais nous restons confiants. Quant à sa garantie locative et au paiement de son loyer, il avait réussi à garder la somme en cash, preuve de son extrême rigueur et de sa fiabilité.

Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite… mais surtout des tonnes de gaufres molles, de choco et de riz au lait, ses péchés mignons !

 

Nicolas, infirmier à Liège

Soyez un moteur de changement

--

(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patient·es et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.